Muhammet İkbal Arslan, Mahmut Nabi
22 Septembre 2026•Mise à jour: 22 Septembre 2026
GENÈVE (AA)
Le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, Thameen Al-Kheetan, a appelé à assurer la protection des réalisateurs du documentaire « NAZA » ainsi que de leurs familles, après qu’ils ont été pris pour cible par des responsables politiques et des militants israéliens en raison de leur travail documentant des crimes et des massacres commis par l’armée israélienne contre des civils dans la bande de Gaza.
Répondant aux questions du correspondant d’Anadolu concernant les attaques visant les réalisateurs du documentaire et leurs familles, Al-Kheetan a déclaré : « Nous condamnons toutes les formes de discours de haine et d’incitation à la violence visant les réalisateurs du documentaire NAZA en Israël. »
Le porte-parole a souligné la nécessité pour les autorités israéliennes de mener des enquêtes immédiates et indépendantes sur les incidents portant atteinte à ces droits et d’en traduire les responsables en justice.
Il a également rappelé qu’alerter sur de graves violations des droits humains ne constitue pas un crime.
« Les efforts des artistes, des militants et des défenseurs des droits humains visant à attirer l’attention sur ces questions d’intérêt public doivent être respectés et protégés », a-t-il affirmé.
Al-Kheetan a par ailleurs appelé les autorités israéliennes à garantir aux journalistes internationaux et aux observateurs des droits humains un accès complet à l’ensemble de la bande de Gaza.
Le 12 septembre, le film « NAZA » a remporté le « Prix spécial du jury » lors de la 83e édition de la Mostra internationale du cinéma de Venise, en Italie. Le documentaire est réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Tzur, lauréats d’un Oscar.
« NAZA » est un acronyme utilisé par le renseignement militaire israélien (Aman) pour désigner le nombre de civils dont la mort est anticipée lors d’une frappe aérienne.
Le documentaire a été tourné clandestinement sur les toits d’immeubles de Tel-Aviv pendant trois ans. L’identité, la voix et les traits des participants ont été dissimulés à l’aide de procédés numériques afin de préserver leur sécurité.
Des membres de l’armée israélienne apparaissant dans le documentaire affirment avoir été directement témoins de l’incendie de zones résidentielles utilisées comme refuges par des habitants de Gaza, ainsi que de la mort de personnes lors de distributions de nourriture.
Dans le cadre des mesures prises contre le documentaire et ses réalisateurs, le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir, a demandé au procureur militaire d’examiner la possibilité d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de « NAZA », tout en affirmant que l’armée « agit conformément au droit international ».
De son côté, le ministre israélien de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a contacté le chef du service de sécurité intérieure israélien, le Shin Bet, David Zini, afin de demander l’ouverture urgente d’une enquête sur le documentaire « NAZA », selon l’Autorité israélienne de radiodiffusion.
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a pour sa part qualifié le documentaire « NAZA » d’« incitation antisémite » et annoncé son intention de présenter un projet de loi visant à retirer la nationalité aux personnes qui portent atteinte aux soldats israéliens.
Par ailleurs, des dizaines de militants israéliens d’extrême droite ont manifesté devant le domicile de la famille de la réalisatrice Rachel Tzur, dans la localité de Savyon, dans le centre d’Israël, scandant des slogans réclamant « la peine de mort pour les traîtres ».
Depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre la bande de Gaza, le 8 octobre 2023, Israël a tué plus de 73 000 Palestiniens et en a blessé plus de 174 000 autres, tandis qu’environ 90 % des infrastructures de l’enclave ont été détruites.
*Traduit de l'arabe par Wafae El Baghouani