Croissance revue à la baisse, hôpitaux renforcés à coups de dizaines de millions d'euros, infrastructures électriques locales mises à l'épreuve selon les experts du secteur sollicités par Anadolu (AA), agriculture fragilisée et forêts parties en fumée et pénurie de climatiseurs : après trois vagues de chaleur depuis le début de l'été, la facture économique des canicules commence à s'écrire noir sur blanc en France.
Le gouvernement français a abaissé sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,9 % à 0,7 % pour 2026, un ralentissement dans lequel les trois épisodes de canicule traversés par le pays depuis le début de l'année jouent un rôle, a indiqué Clément Bortoli, chef de la division synthèse conjoncturelle de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), cité par Les Echos.
« La canicule fait clairement peser un risque baissier sur notre scénario de croissance pour cette année », a déclaré Clément Bortoli.
À titre de comparaison, la vague de chaleur de seize jours qui avait touché la France en août 2003 avait coûté 0,3 point de croissance sur l'année, selon l'Insee.
L'économie de la France a par ailleurs été mise à l'épreuve par des trains annulés, des commerces et restaurants désertés, des écoles fermées et des chantiers arrêtés en raison des températures exceptionnelles.
Un sondage réalisé en juillet par Rexecode, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI) et l'Association française des trésoriers d'entreprise a montré que 28 % des grandes entreprises et des ETI interrogées jugent leur activité affectée par les canicules, contre 5 % qui font état d'un effet positif ; pour 49 % des firmes sondées, les fortes chaleurs n'ont eu aucun impact, selon JournalDuNet. Les entreprises touchées ont, pour une partie d'entre elles, modifié leurs horaires de travail afin de maintenir leur activité.
« La corrélation entre les températures intenses et le PIB n'est pas évidente, le PIB agrège trop de données », a observé Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, cité par la presse locale.
Les effets à court terme de la vague de chaleur restent « un peu ambigus », a reconnu de son côté Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, interrogé le 20 juin sur France Inter.
« En juin, le climat des affaires n'a pas été particulièrement mauvais, grâce à l'industrie », a relevé Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) dans une déclaration à la presse locale.
La Banque de France table sur une hausse du PIB de 0,2 % au deuxième trimestre 2026, contre une croissance nulle initialement anticipée. « Ce sera un petit miracle si le PIB augmente de 0,2 % ou 0,3 % sur la période, alors que l'économie a subi pendant deux mois un choc énergétique avec la fermeture du détroit d'Ormuz et les effets des canicules », a estimé Mathieu Plane.
Le ministère de l'Agriculture a indiqué qu'en dépit d'une augmentation des surfaces cultivées en blé, la moisson serait en repli de 4 % cette année, une baisse également confirmée par Ouest-France, qui évoque une moisson 2026 « exceptionnellement précoce » mais affectée par la chaleur.
La fédération de producteurs Légumes de France a estimé, mi-juillet, un recul du potentiel de récolte de légumes de 25 à 30 %, les salades étant en première ligne et des tensions se faisant sentir sur la qualité des tomates et le prix des concombres, a rapporté Ouest-France.
Concernant les fruits rouges, des pertes de récolte de 30 % sont estimées pour les fraises, et de 30 à 100 % selon les exploitations pour les autres petits fruits rouges, toujours selon Ouest-France.
Face à la pression exercée par les vagues de chaleur sur le système de santé, le gouvernement a déclenché le niveau 3 du plan Orsan afin de permettre aux hôpitaux de renforcer leurs effectifs et de réorganiser leur activité. Une enveloppe de 100 millions d'euros a également été annoncée pour accélérer l'adaptation des établissements hospitaliers aux fortes chaleurs.
Le réseau électrique français a également été mis à l'épreuve. EDF a adapté la production de plusieurs réacteurs nucléaires afin de limiter le réchauffement des cours d'eau utilisés pour leur refroidissement, tandis que la SNCF a supprimé une partie de ses circulations en raison des températures élevées. Dans plusieurs départements, des incidents sur le réseau électrique ont par ailleurs provoqué des coupures de courant.
RTE, gestionnaire du réseau de transport d'électricité, a indiqué que la pointe de consommation avait atteint environ 57 gigawatts (GW) le 22 juin à 19h, contre un maximum de 60 GW observé le 1er juillet 2025. Le gestionnaire a précisé que l'usage accru des climatiseurs s'était traduit par une hausse de la demande estimée à +10 GW le 21 juin et à +12 GW le 22 juin par rapport à une situation météorologique de saison.
Dans son bilan du premier semestre publié le 16 juillet, RTE a indiqué que les pointes de consommation avaient approché 60 GW lors des deux épisodes caniculaires de fin juin et de début juillet, contre environ 51 GW à température normale, un niveau qui reste très inférieur aux pointes hivernales, la consommation ayant atteint 90,5 GW le 6 janvier 2026. Chaque degré supplémentaire l'été ajoute entre 0,7 et 1 GW de demande, soit environ trois fois moins qu'un degré en moins l'hiver, selon RTE.
Selon les éléments transmis par Selectra à Anadolu, Aucun délestage n'a été mis en œuvre cet été, RTE ayant jugé le parc de production surcapacitaire et n'ayant identifié aucun risque pour l'équilibre offre-demande.
Concernant la production, RTE a indiqué que la perte de disponibilité du parc nucléaire liée au respect des seuils réglementaires de rejets thermiques avait atteint jusqu'à environ 8 GW fin juin et jusqu'à environ 9 GW à la mi-juillet. La centrale de Bugey dispose, jusqu'au 20 juillet, d'une autorisation de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) lui permettant de modifier temporairement les prescriptions encadrant ses rejets thermiques, une mesure liée à des contraintes de transit dans le Sud-Est du réseau et non à un enjeu national d'équilibre offre-demande, précise RTE dans son bilan.
Sollicitée par Anadolu, la plateforme de conseil en énergie Selectra a indiqué que le système électrique français avait absorbé ces épisodes caniculaires sans rupture d'approvisionnement, mais qu'il devrait s'adapter à l'émergence d'une pointe estivale tirée par la climatisation, appelée selon elle à s'amplifier.
Le gouvernement français a multiplié les recommandations invitant la population à s'humidifier la peau, à boire des soupes froides ou à isoler les fenêtres avec du carton plutôt que de recourir à la climatisation. Le taux d'équipement des ménages en climatiseurs est néanmoins passé de 18 % en 2023 à 24 % l'an dernier, selon l'Agence de la transition écologique (Ademe).
En France, la pénurie touche aussi la distribution : un consommateur ayant recherché un climatiseur Midea PortaSplit dans un magasin Bricoman s'est vu répondre que « tout s'est vendu en huit minutes », a rapporté l'agence Xinhua lundi.
Selon la même source, l'Europe traverse cet été une vague de chaleur inédite, installée dès la fin du mois de mai avec un à deux mois d'avance sur la période estivale habituelle ; en France, en Espagne et en Allemagne, les températures ont dépassé les 40°C en juin, frôlant localement les 45°C.
Les incendies de forêt s'ajoutent au bilan économique de l'été. La Fondation du Patrimoine a lancé une souscription spéciale pour accompagner la restauration de la forêt de Fontainebleau, en Seine-et-Marne, après des incendies ayant détruit environ 2 200 hectares du massif, avec un premier objectif de 2 millions d'euros pour financer les opérations urgentes de sauvegarde, a annoncé son directeur général, Alexandre Giuglaris.
Alexandre Giuglaris a indiqué à la presse locale que les besoins pourraient être supérieurs à long terme : « Un hectare de forêt, c'est à peu près 4 000 euros qui sont nécessaires pour de l'entretien, de la restauration, de la renaturation et de la plantation. » Sur cette base, la restauration de 2 000 hectares représenterait un besoin potentiel d'environ 8 millions d'euros.
La collecte est menée en partenariat avec l'Office national des forêts (ONF), la ville de Fontainebleau, le département de Seine-et-Marne, la région Île-de-France, la communauté d'agglomération du Pays de Fontainebleau et le château de Fontainebleau, a précisé la Fondation du Patrimoine.
L'organisme a également alerté sur l'impact de l'incendie sur la biodiversité du massif, classé Natura 2000 et réserve de biosphère de l'Unesco.
À l'échelle nationale, les données du système européen Effis confirment que 42 000 hectares ont déjà été détruits par les flammes, dépassant ainsi le précédent record de 2022
Ces épisodes à répétition ont également eu des conséquences sur les écosystèmes européens : cours d'eau à sec, sécheresses, feux de forêt, pertes agricoles et surmortalité de la faune sauvage et du bétail ont été rapportés dans plusieurs régions.
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