Sanaa Ou Amir Ahamada
12 Juillet 2026•Mise à jour: 12 Juillet 2026
Médecins Sans Frontières (MSF) a mis en place un centre de formation spécialisé au Kenya afin de préparer des personnels de santé à être déployés en République démocratique du Congo (RDC), où une flambée d'Ebola, qualifiée par les responsables africains de la santé comme la plus rapide jamais enregistrée, a déjà coûté la vie à au moins 600 personnes depuis sa déclaration à la mi-mai, rapporte African Press.
Installé en périphérie de Nairobi, le centre de simulation reproduit les conditions d'intervention auxquelles sont confrontés les médecins, infirmiers et agents de santé communautaires appelés à travailler dans les zones touchées par l'épidémie.
Doté de lits d'hôpital, de mannequins, d'un laboratoire reconstitué et d'équipements de protection individuelle, il vise à préparer les équipes à intervenir en RDC ainsi que dans les pays voisins exposés au risque de propagation du virus.
Selon African Press, l'épidémie évolue dans un contexte particulièrement complexe, marqué par une pauvreté extrême, la présence de multiples groupes armés et une forte désinformation autour de la maladie. Cette méfiance conduit une partie de la population à refuser les traitements, à ignorer les mesures de prévention et, dans certains cas, à s'en prendre aux personnels de santé.
Les soignants figurent d'ailleurs parmi les principales victimes de l'épidémie. Depuis le début de la flambée, 112 agents de santé ont été contaminés et 35 d'entre eux sont décédés, sur un total de 1 759 cas confirmés, selon les chiffres relayés par African Press.
Au-delà de la prise en charge médicale, la formation met l'accent sur les relations avec les communautés locales. Les participants apprennent notamment à expliquer les mesures sanitaires, à instaurer un climat de confiance avec les habitants, à organiser des enterrements sécurisés et à prévenir la stigmatisation des personnes guéries.
« Souvent, on vient d'un hôpital ou d'une université, on pense être prêt. Mais une fois dans l'équipement de protection individuelle, c'est une toute autre histoire », a déclaré Cisse Papa Ndiaga, agent de santé communautaire de MSF originaire du Sénégal, qui doit prochainement être déployé en RDC, cité par African Press.
La médecin Diana Corben, engagée dans la mission de MSF en République centrafricaine, a souligné que l'acceptation des équipes médicales par les populations constitue un élément essentiel de la lutte contre Ebola. « Nous devons faire en sorte que les communautés comprennent ce que nous faisons, tout en faisant preuve d'empathie et en prenant le temps de les sensibiliser », a-t-elle expliqué, ajoutant que les exercices de simulation ne reflètent qu'en partie les réalités auxquelles les intervenants seront confrontés sur le terrain.
Lancé à la mi-juin, le programme de formation doit se poursuivre jusqu'au mois d'août, avec une possible prolongation. Le centre accueille actuellement près de 100 stagiaires par mois, principalement issus de MSF, mais prévoit également de former des responsables du ministère kényan de la Santé ainsi que des personnels d'autres organisations humanitaires.
Pour Cisse Papa Ndiaga, cette préparation constitue une étape essentielle avant son départ en RDC. « Je ne suis pas certain d'être prêt, mais j'ai moins peur », a-t-il confié, illustrant les défis humains auxquels sont confrontés les personnels appelés à intervenir dans l'une des urgences sanitaires les plus complexes du continent.