Les partis d’opposition israéliens ont décidé de recommander au président Isaac Herzog de charger le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, de former le prochain gouvernement, lors des consultations prévues mercredi et jeudi.
Les Démocrates, dirigés par Yair Golan, ont annoncé leur décision lundi dans un communiqué relayé par la chaîne publique KAN, après des annonces similaires du parti Ensemble de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, dimanche, et d’Israel Beytenou d’Avigdor Lieberman, lundi.
Selon un correspondant d’Anadolu, la Liste unifiée, une alliance de trois partis arabes dirigée par Yousef Jabareen, et la Liste arabe unie, dirigée par Mansour Abbas, devraient annoncer des recommandations similaires.
Si l’ensemble des partis d’opposition et des partis arabes soutiennent Eisenkot, celui-ci pourrait recueillir les recommandations de 67 députés sur les 120 que compte la Knesset, contre 53 pour le bloc du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Plus tôt, Lieberman avait annoncé qu’il recommanderait Gadi Eisenkot pour former le prochain gouvernement, excluant de rejoindre une coalition avec Benjamin Netanyahu ou de soutenir un gouvernement minoritaire après les élections législatives de la semaine dernière, qui n’ont dégagé aucune majorité.
Lors d’une conférence de presse lundi à Modiin, dans le centre d’Israël, Lieberman a déclaré que son parti Israel Beytenou recommanderait Eisenkot, chef de Yashar, pour le poste de Premier ministre et soutiendrait Yair Lapid pour la présidence de la Knesset, selon le Jerusalem Post.
« Je ne siégerai pas dans un gouvernement avec Netanyahu », a déclaré Lieberman, exprimant son opposition à la formation d’un gouvernement minoritaire.
Il a averti qu’un tel gouvernement pourrait tomber en moins d’un an et ouvrir la voie à un retour de Netanyahu au pouvoir.
Lieberman a également reconnu que les résultats des partis d’opposition aux élections étaient nettement inférieurs aux attentes.
« L’opposition a subi un échec retentissant aux élections. Obtenir 48 sièges est bien en deçà de nos attentes », a-t-il déclaré, en imputant la responsabilité à Eisenkot et à son équipe.
Lieberman a annoncé que son parti soutiendrait Lapid pour la présidence de la Knesset lors de la réunion du Parlement nouvellement élu, le 10 novembre.
« Nous soutiendrons la candidature de Yair Lapid à la présidence de la Knesset », a-t-il déclaré.
Il a indiqué que les députés de l’opposition chercheraient à remplacer le président sortant, Amir Ohana, membre du Likoud de Netanyahu, qu’il a accusé d’avoir enfreint le règlement parlementaire.
Aucune majorité claire
Les élections législatives de mardi dernier ont débouché sur une Knesset divisée de 120 membres, ni le bloc de Netanyahu ni les partis d’opposition n’ayant obtenu les 61 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité parlementaire.
Le bloc de Netanyahu a remporté 53 sièges : 27 pour le Likoud, sept pour Judaïsme unifié de la Torah, sept pour Otzma Yehudit, six pour le Shas et six pour le Sionisme religieux.
Les partis d’opposition ont obtenu 48 sièges : 21 pour Yashar, le parti d’Eisenkot, 12 pour le bloc Ensemble, huit pour Les Démocrates et sept pour Israel Beytenou de Lieberman.
Les partis arabes ont remporté 19 sièges, dont 11 pour la Liste unifiée et huit pour Raam, également appelé Liste arabe unie.
Ces résultats placent le bloc de Netanyahu à huit sièges de la majorité, tandis qu’il manque 13 députés aux partis d’opposition pour atteindre le seuil de 61.
Bien que l’opposition et les partis arabes disposent ensemble de 67 sièges, ils ne se sont pas entendus sur la formation d’une coalition gouvernementale.
Le rejet par Lieberman d’un gouvernement minoritaire et son espoir de voir des députés du Likoud faire défection illustrent les difficultés des partis d’opposition à réunir une coalition capable de remplacer Netanyahu.
Comment Israël choisit son Premier ministre
Dans le système parlementaire israélien, les électeurs élisent les membres de la Knesset et ne choisissent pas directement le Premier ministre.
Après les élections, le président Isaac Herzog consulte les représentants des partis élus avant de charger un député de former un gouvernement.
Le président n’est pas tenu de désigner le chef du parti arrivé en tête. Le mandat peut être confié à un député jugé capable de former un gouvernement susceptible d’obtenir la confiance de la Knesset.
Le député désigné dispose initialement de 28 jours pour former un gouvernement, avec une prolongation possible de 14 jours au maximum.
En cas d’échec, le président peut confier cette mission à un autre député, qui dispose alors de 28 jours, sans possibilité de prolongation.
Si les tentatives de formation d’un gouvernement restent infructueuses, d’autres procédures parlementaires peuvent être engagées et éventuellement conduire à de nouvelles élections.
Un gouvernement n’entre en fonction qu’après avoir présenté sa composition et son programme à la Knesset et obtenu un vote de confiance.
Le gouvernement sortant reste en fonction jusqu’à l’installation d’une nouvelle équipe.
Herzog devrait entamer mercredi ses consultations avec les partis élus.
Dimanche, le bloc Ensemble, dirigé par l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, a annoncé qu’il recommanderait Eisenkot pour former le prochain gouvernement.
Des députés arabes ont laissé entendre qu’ils pourraient recommander Eisenkot afin d’empêcher Netanyahu de former un nouveau gouvernement.
Si les 48 députés de l’opposition et les 19 députés arabes recommandent tous Eisenkot, celui-ci pourrait recueillir 67 recommandations, contre 53 pour le bloc de Netanyahu.
Un tel résultat pourrait renforcer la position d’Eisenkot lors des consultations menées par Herzog, même si le Likoud de Netanyahu demeure le premier parti du Parlement en nombre de sièges.
Toutefois, l’attribution du mandat ne ferait pas automatiquement d’Eisenkot le Premier ministre et ne garantirait pas sa capacité à former un gouvernement.
Cette distinction est importante, car Lieberman a rejeté l’hypothèse d’un gouvernement minoritaire, tandis que les partis d’opposition n’ont pas conclu d’accord avec les partis arabes sur la formation d’une coalition gouvernementale.
En l’absence d’un tel accord, Eisenkot devrait obtenir le soutien de députés supplémentaires, notamment grâce à d’éventuelles défections au sein du bloc de Netanyahu, pour former un gouvernement de remplacement.
L’absence d’accord pourrait déboucher sur de nouvelles négociations de coalition, un gouvernement d’union ou de nouvelles élections.
*Traduit de l'anglais par Serap Dogansoy