AA/Antananarivo/ Alain Ilioniaina
C'est un départ raté qui risque de peser lourd sur l'économie malgache; la saison touristique à Madagascar ressent déjà l'impact de la grève des salariés au sein de la compagnie aérienne nationale "Air Madagascar" durant près d'un mois, entraînant une baisse de 70% d'activités selon les professionnels du secteur.
"Cela va être difficile [de sauver la saison touristique 2015, ndlr]. Sincèrement, la saison aurait dû démarrer depuis le début du mois de juillet. Là, on attaque le mois d'août..." a déploré Eric Koller, président de l'Office national du tourisme à Madagascar (ONTM) à Anadolu.
L'arrêt de travail d'un mois opéré par les syndicats des salariés de Air Madagascar avait perturbé le programme des vols. Le bras de fer entre les employés, qui réclament une meilleure gestion de la compagnie, et la direction a fait des dégâts collatéraux pour l'ensemble du secteur du tourisme. Le transport des passagers, y compris les touristes, n'était plus assuré jusqu'au 17 juillet, la fin de la grève.
"On dit qu'il y a eu, à peu près 35% de vols qui ont été opéré [entre le 15 juin et le 17 juillet] sur le réseau intérieur, cela fait quand même 60 à 70% d'annulation", constate amèrement Eric Koller. Du coup, la tendance à la baisse de fréquentations des touristes par rapport à l'année dernière et l'annulation des réservations s'enchaînent.
Une grande partie des touristes prennent, en effet, des vols domestiques, une fois à Madagascar. La plupart des vols internationaux atterrissent à Antananarivo, la capitale, alors que presque tous les sites touristiques se trouvent dans les autres Provinces. La perturbation des vols (internationaux et domestiques) conduit ces touristes à annuler leurs voyages.
Les professionnels du secteur du tourisme estiment, dans l’ensemble, une baisse des activités jusqu’à 70%, ces dernières semaines. L'Île de Sainte Marie enregistre, par exemple, 75% d’annulation de réservation jusqu’en septembre. Sept établissements hôteliers sur 12 ont commencé à procéder au chômage technique à Nosy Be, l'un des hauts lieux touristiques de la Grande île. Les activités connexes comme le transport et l'artisanat en pâtissent également.
Le secteur du tourisme doit panser ses plaies. "La priorité actuelle est d'évacuer les touristes déjà sur place. Une telle opération perturbe encore l'arrivée d'autres touristes pendant un mois avant le retour à la normale", estime Bakomalala Nirinalijao, secrétaire général de l'Association des Tours Opérateurs Réceptifs de Madagascar (TOP), à Anadolu.
L'objectif d'enregistrer 300 000 touristes cette année est en train de tomber à l'eau. Le gouvernement table pourtant sur le tourisme, en mettant en avant la biodiversité de la Grande île, pour développement du pays. En 2014, la Grande île avait enregistré près de 220 000 touristes, selon les statistiques officielles alors que le gouvernement projette l'arrivée d'un million de touristes par an à partir de 2020, en tablant sur une diversification de leurs pays d'origine. Selon des chiffres officiels, près de 70% des touristes visitant Madagascar sont des Français.
Eric Koller espère un "coup de main" des autorités pour relancer le secteur du tourisme. " Le gouvernement devrait nous aider pour faire la promotion de Madagascar pour rebooster la destination, je dirais jusqu'à la fin de l'année 2015 (...) Nous devons préparer un plan d'actions pour rebooster la destination Madagascar (...) Il faut communiquer, communiquer, communiquer", suggère-t-il.
Le gouvernement reste discret. Le ministère du Tourisme, des transports et de la météorologie ne s'est pas encore exprimé sur le dossier et les responsables du département ministériel ne se pressent pas pour rassurer l'opinion.
Pour Hery Ramiarison, docteur en économie et enseignant à l'Université d'Antananarivo, la grève chez Air Madagascar est un "coup dur" pour l'économie malgache. "Le tourisme figure parmi les trois secteurs pourvoyeurs de devises pour le pays", rappelle-t-il, à Anadolu. En 2013, le tourisme a généré des recettes en devises de l'ordre de 294 millions d'euros, selon le chiffre du gouvernement.
L'économiste décèle d'autres conséquences néfastes de la gestion de la grève chez Air Madagascar sur l'économie. "Le mouvement social intervient à un moment crucial, au début de la haute saison touristique. Le gouvernement n'a pas été réactif pour trouver rapidement une solution", observe-t-il. " A l'avenir, les touristes vont être attentifs. Une simple rumeur de grève pourrait créer la psychose et une annulation de réservations en chaîne. Ce qui n'est pas bon pour notre économie", appréhende-t-il.