Esma Ben Said
31 Octobre 2017•Mise à jour: 01 Novembre 2017
AA/Alger/Karim Kabir
Le ministre algérien des moudjahidines (anciens combattants), Tayeb Zitouni, a assuré mardi que les négociations avec la France pour le rapatriement des crânes des résistants algériens conservés au muséum de Paris se poursuivent.
«Les négociations sur le dossier de la restitution des crânes des martyrs de la résistance populaire, suspendues à la volonté de la partie française, ont été retardées en raison de l'élection présidentielle française », a affirmé le ministre dans un entretien accordé au quotidien gouvernemental, El Moudjahid.
Plusieurs dizaines de crânes de combattants algériens qui ont résisté au corps expéditionnaire français au milieu du XIX siècle (1840-1850), une décennie après le début de la colonisation française en Algérie, dans la région de Zaâtcha (Biskra, 440 Km Sud-est d’Alger) sont stockés dans les réserves anthropologiques du Musée de l’Homme à Paris.
Parmi ces crânes figurent ceux de chefs de la résistance dont notamment ceux du célèbre Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif «Boubaghla», Cheikh Bouziane, chef de la révolte des Zaâtchas, Moussa El-Derkaoui et Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui.
La tête momifiée d’Aïssa El-Hamadi, qui fut le lieutenant du Cherif Boubaghla, figure parmi ces restes mortuaires, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader, grande figure de la résistance, mort en 1883 à Damas.
C’est un Historien qui les a redécouverts en 2011 et depuis de nombreuses initiatives sont lancées pour le rapatriement de ces ossements.
En 2016, un collectif d’historiens et d’intellectuels français et algériens de renom, dont Pascal Blanchard, Christiane Chaulet Achour, Mohammed Harbi, Gilbert Meynier, Benjamin Stora et Aïssa Kadri, ont lancé une pétition sous le titre : «Les crânes de résistants algériens n’ont rien à faire au Musée de l’Homme».
Mais si l’institution muséale semble prête à restituer les crânes, la décision politique des autorités françaises tarde à venir.
«Ces restes sont nommés (identifiés), donc nous considérons qu’ils peuvent sortir du patrimoine et nous attendons seulement des décisions politiques (…) », avait indiqué, récemment, dans un entretien à l’agence officielle algérienne, APS, Michel Guiraud, directeur des collections au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris.
«Nous travaillons en coordination avec le ministère des affaires étrangères pour relancer la commission chargée du suivi et de l’examen de ce dossier», a affirmé Tayeb Zitouni qui s’exprimait la veille de la célébration de l’anniversaire du déclenchement de la révolution algérienne (1er novembre 1954).
Interpellé en septembre dernier par des associations, le président français Emmanuel Macron a promis, dans une réponse écrite, « qu’il prendra des mesures nouvelles», sans préciser la nature de ces mesures.
La restitution de ces crânes, des archives de la révolution ainsi que l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français en Algérie et l’exigence de la reconnaissance des crimes commis contre le peuple algérien pendant la colonisation figurent parmi les dossiers épineux qui continuent à marquer, et parfois à plomber, la relation algéro-française.
«La France doit reconnaître les crimes qu’elle a commis en Algérie pendant 132 ans. Elle est tenue de reconnaître ses massacres contre le peuple algérien pour que les relations entre les deux pays reprennent un cours normal », a estimé Tayeb Zitouni.
En visite en Algérie, en février dernier, dans le cadre de sa campagne électorale, Emmanuel Macron avait admis «que le colonialisme était un crime contre l’humanité».